Le Musée des Erreurs

présente

Sainte-Victoire

Corporate Identity

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PROLONGATION

exposition ouverte jusqu'au 14 juin 2013

du mercredi au vendredi, de 12h00 à 18h00

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« J’ai toujours aimé réaliser des œuvres qui nécessitaient un minimum d’interventions, j’ai dû hériter ça de Duchamp. Dans les années 1960, j’ai réalisé un petit collage autour du logo de “Braun”, que j’avais simplement transformé en “Brown”, une traduction phonétique de Braun en anglais. C’était une intervention minimale. » Richard Hamilton (1)

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Dans le film Greetings de Brian De Palma (1968), Richard Hamilton joue, le temps d’une brève apparition, son propre rôle. Tandis que Robert De Niro et un ami font des bonds dans un jardin public, narguant un gendarme, Hamilton montre et explique une de ses œuvres – A Postal Card for Mother, 1968 – au personnage incarné par Jonathan Warden. Ce spectateur privilégié cherche alors à s’expliquer le fonctionnement de l’œuvre, en le ramenant à une opération de “blowing up” ; Hamilton répond avec orgueil qu’il a commencé à travailler avec le “blowing up” dix-huit mois avant la sortie du film d’Antonioni.

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L’inscription de l’œuvre et de son auteur dans le film de De Palma signe un changement de statut dans le processus de ré-élaboration de l’image, qui est à la base de la poétique de Richard Hamilton. A Postal Card for Mother est une carte postale, qui se déploie en leporello. C’est la reproduction en série d’une reproduction en série, et dans le film Greetings, elle s’inscrit dans une dimension encore supérieure de la production culturelle de masse – le cinéma –, où son récit se réitère à l’infini.

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Sainte-Victoire est le premier projet d’exposition proposé par le Musée des Erreurs (http://musee-des-erreurs.tumblr.com), récemment ouvert par Pierre Leguillon, un artiste qui s’intéresse depuis toujours à la construction de dispositifs dédiés aux images et à leur circulation. Marie-Ange Guilleminot est invitée pour l’occasion à mettre en espace le travail et des objets collectionnés par le designer belge Jules Wabbes, en écho à ses propres œuvres. Pour Pierre Leguillon, la montagne Sainte-Victoire des tableaux de Cézanne est une forme cristalline : chacune de ses faces peut signifier les autres. L’importance picturale de son être-masse dérive aussi du fait d’être exposée au soleil.
Le titre de cette exposition fait écho à une remarque d’Hamilton trouvée dans une lettre écrite en 1980 : « Mon admiration pour l’œuvre de Dieter Rams est intense et j’ai, durant des années, été attiré d’une manière unique par sa sensibilité de designer ; à tel point que ses produits de consommation sont parvenus à occuper une place dans mon cœur et ma conscience équivalente à celle de la montagne Sainte-Victoire chez Cézanne ».

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Dieter Rams est entré chez Braun en 1955, il y fut responsable du bureau du design de 1961 à 1995. Son style est la quintessence d’un design tourné vers la fonctionnalité. Son célèbre système d’étagères métalliques présentées dans l’exposition (606 Universal Shelving System, 1960) fonctionne, selon la définition qu’en donne Pierre Leguillon durant la préparation de l’exposition, comme une « machine » qui contient, expose et met en marche un ensemble de sources documentaires.
Braun, sous l’impulsion de Rams, est une entreprise qui a travaillé de manière révolutionnaire sur la production à grande échelle d’objets de design très fonctionnels, comme le grille-pain ou le projecteur diapositives présentés dans l’exposition.

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Les différentes identités regroupées dans Sainte-Victoire sont présentées de telle sorte que chacune d’entre elles se reflète dans une autre. Au-delà des identités singulières, c’est l’idée de corporate identity, d’image de marque ou d’identité d’entreprise qui est ici mise en avant. Entre subjectivité, style et fonction, le designer travaille aussi à sculpter, façonner et interpréter le concept de l’entreprise pour laquelle il œuvre. Mais la forme que prend ce concept dérive de mécanismes d'inspiration, d'enracinement culturel, de recherche de références, qui alimentent à leur tour différentes pratiques artistiques et plusieurs champs de la création. Dans ce sens, l’idée de « modèle », « d’origine » ex nihilo vole en éclats au profit de l’idée du ready-made : le créateur est celui qui choisit, trouve, comprend, ou renverse la manière dont un objet est considéré de prime abord. Mais ces opérations s’opèrent à travers un flux de sources multiples que le Musée des Erreurs tente de cristalliser.

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Il n’en demeure pas moins une fascination pour les identités singulières. Au sein de l’exposition, deux portraits photographiques d’Hamilton et de Rams sont augmentés de leurs autographes.
Une des œuvres d’Hamilton reproduit le grille-pain Braun (l’objet de design le plus récurrent, et emblématique de son œuvre). L’artiste s’y entrevoit, se réfléchit à la surface métallique de l’objet de design produit en grande série.

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Au sein du dispositif, les agencements magiques entre formes et fonctions semblent être plus importants que les auteurs qui, parfois, les représentent ou les interprètent. Il n’existe aucun ordre chronologique ou thématique pour exposer et décrire les objets et les idées rassemblés dans l’exposition. Se dessine une histoire de transition des formes d’une autorité vers une autre, une collection idiosyncratique de différents systèmes de références, une réflexion sur le concept d’influence et d’inspiration.

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C'est pour cette raison que l’exposition ne se focalise pas sur le seul rapport entre Hamilton et Rams, mais explore naturellement des ramifications vers d'autres protagonistes fondamentaux, ainsi que d’autres sources, qui viennent amplifier et éclaircir les questions que posent le concept de Sainte-Victoire.

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En 2003, l’artiste britannique Simon Starling réalisa la Ultrasuperleggera , un multiple à neuf exemplaires qui est l’exacte réplique de la chaise Superleggera de Gio Ponti, mais en fibres de carbone. Ce nouveau matériau a permis à l’artiste d’amplifier encore la légèreté visuelle et pondérale de la chaise que développa Gio Ponti, à partir du modèle traditionnel d’une chaise de campagne italienne.

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L’idée de module infini (Marie-Ange Guilleminot, Objet étalon, 2013) est une autre déclinaison possible de la métaphore qui relie l'expansion de la forme à la multiplication de la fonction.

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La ligne minimale, dédiée tant à la fonction de l’objet qu’à la célébration de la beauté du matériau naturel, a trouvé un de ses plus grands interprètes chez le designer Jules Wabbes. Son affinité avec Dieter Rams peut être retracée à travers la quintessence des dessins préparatoires, ou des plans cotés, réalisés par les deux designers. La conception de Wabbes se caractérisa par une logique constructive qui valorise une lisibilité des assemblages entre les matériaux bruts et les éléments structurels du meuble. Ses plateaux de tables sont souvent réalisés en lattes de bois massif assemblées par collage et queues droites. Ses célèbres lampes et appliques, en laiton ou en aluminium, sont constituées de lamelles juxtaposées et soudées entre elles pour recréer des volumes géométriques, souvent issus de formes naturelles (minéraux, végétaux, alvéoles d’abeille, etc.). Elles offrent une source lumineuse filtrée et parfois diffractée dans l’espace par la structure géométrique. Tous les cristaux de roche présentés pour la première fois à l’occasion de Sainte-Victoire, proviennent de la collection personnelle de Jules Wabbes.

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Nos plus vifs et chaleureux remerciements vont à Marie Wabbes, Marie Ferran-Wabbes et Jean-François Pacquay, ainsi qu’à Raphaël Pirenne, Coline Sunier et Charles Mazé.

Merci enfin aux étudiants de l’erg s’étant activement engagés dans la préparation et le montage de l’exposition : Irina Afanasieva, Myriam Arseneault Goulet, Louise Mestrallet et Juan Diego Thielemans.

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(1) In Corinne Diserens et Gesine Tosin: Le Grand Déchiffreur. Richard Hamilton sur Marcel Duchamp, jrp ringier, 2009
 

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Le Musée des Erreurs

présente

Sainte-Victoire

Corporate Identity

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PROLONGATION

Exhibition open till 14 June, 2013

From Wednesday to Friday, 12 – 6 pm

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« I have always liked creating works that require a minimum of interventions, I must have inherited it from Duchamp. In the sixties, I did a small collage related to the Braun logo, that I simply transformed into brown, a phonetic transcription of Braun in English. It was a minimal intervention. » Richard Hamilton (1)

In Brian De Palma’s Greetings (1968), Richard Hamilton makes a brief appearance. While Robert De Niro and a friend are jumping around in a public garden, taunting a constable, Hamilton shows and explains one of his works (A postal card for mother, 1968) to the character played by Jonathan Warden. This privileged spectator then seeks to understand the work of art, bringing it back to a blowing up operation; Hamilton proudly answers that he started working with blowing up eighteen months before Antonioni’s movie came out.

The insertion of the work and of its author in De Palma’s movie points out a change of status in the process of re-elaboration of the image which is at the root of Hamilton’s poetics. A postal Card for mother is a postal card, an accordion fold, the serial reproduction of a serial reproduction, and in Greetings, it becomes part of a higher dimension of mass cultural production - film industry -, where the story is forever reiterated.

Sainte-Victoire is the first exhibition project proposed by Musée des Erreurs (http://musee-des-erreurs.tumblr.com), recently opened by the artist Pierre Leguillon, who’s always been concerned about building new tools dedicated to images and their dissemination. For the occasion, Marie-Ange Guilleminot is invited to present the works and objects collected by Belgian designer Jules Wabbes, echoing her own works. According to Pierre Leguillon, Sainte-Victoire mountain in Cézanne’s paintings is a crystalline form: each of its facets can signify the others. The pictorial importance of its mass-being derives also from the fact of being exposed to the sun. The title of this exhibition refers to a statement in a letter Hamilton wrote in 1980: «My admiration for the work of Dieter Rams is intense and I have, for many years, been uniquely attracted towards his sensibility; so much so that his consumer products have to come to occupy a place in my heart and my conscioussness that the Mont Saint-Victoire did in Cezanne’s. »

Dieter Rams started working for Braun in 1955, he was in charge of the design office from 1961 until 1995. His style embodies the quintessence of a design turned towards its functionality. His famous system of metallic shelves presented in the exhibition (606 Universal Shelving System, 1960) operate, according to Pierre Leguillon’s definition during the preparation of the exhibition, as a « machine » which contains, displays and activate a set of documents. Braun, under the impulse of Rams, has been a revolutionary company regarding mass production of highly functional design objects, such as the toaster or the slide projector shown in the exhibition.

The different identities gathered in Sainte-Victoire are presented in a way as to reflect into one another. Beyond singular identities, there is the idea of images from brands or corporate identity that is also at play. Between subjectivity, style and function, the designer also works at sculpting, shaping and interpreting the concept of the company he is working for. However, the shape this concept takes derives from inspiration mechanisms, cultural settings, reference searches, which in turn nourish different artistic practices and fields of creation. In view of that, the idea of « model », of « origins » ex nihilo explodes in favor of the ready-made: the creator is the one who chooses, finds, understands or subverts the way in which an object is first considered. Yet, these operations happen through a flux of multiple sources which the Musée des Erreurs is trying to crystallise.

Still, the fascination for unique identities remains. Within the exhibition, two photographic portraits of Hamilton and Rams are amplified by their autographs.

One of Hamilton’s works reproduces the Braun toaster (the design object that is the most emblematic of his body of work). The artist sees himself reflected on the metallic surface of the mass produced design object.

At the heart of the device, the magical arrangement between form and function seems to be more important than the authors who occasionally interpret or represent them. It is a history of transition from one form of authority to another, an idiosyncratic collection of different system of references, a reflection on the concept of influence and inspiration. There isn’t a chronological or thematic organisation to show or describe the objects and ideas gathered in this exhibition.

For this reason, it does not focus only on the link between Hamilton and Rams, but also explores the ramifications towards other fundamental protagonists, as well as other reference systems, altogether amplifying and clarifying the questions raised by the Sainte-Victoire concept.

In 2003, British artist Simon Starling created the Ultrasuperleggera, a nine copy multiple representing a carbon fiber replica of the chair Superleggera by Gio Ponti. This new material has allowed the artist to make his chair visually and actually lighter than the one that Ponti developed starting from the traditional model of an Italian country chair.

The idea of infinite module (Marie-Ange Guilleminot, Objet étalon, 2013) is another possible interpretation of the metaphor between the expansion of the shape and the multiplicity of the function.

The minimal design, dedicated as much to the function of the object as to the celebration of the natural material’s beauty, has found one of its finest interpreter in Jules Wabbes. His affinity with Dieter Rams can be traced through the quintessence of the preliminary sketches or the side plans executed by both designers. Wabbes’ conception is characterised by a logic of construction which values clarity of the assembling between raw materials and the structural elements of the furniture. Its table trays are often made in laths of massive wood assembled by collage and finger joint. His famous lamps, made of brass or aluminum, are made of juxtaposed strips welded onto one another in order to recreate geometrical shapes, often of natural inspiration (mineral, vegetal, honeycomb structure etc.). They offer a filtered light source that is sometimes diffracted into the space by a geometric structure. All the rock crystals presented for the first time in Sainte-Victoire are taken from the personal collection of Jules Wabbes.

We wish to thank Marie Wabbes, Marie Ferran-Wabbes, Jean-François Pacquay, Raphaël Pirenne, Coline Sunier and Charles Mazé.

As well as the students from erg who have taken part in the making of this exhibition: Irina Afanasieva, Myriam Arseneault Goulet, Louise Mestrallet and Juan Diego Thielemans.



(1)  In Corinne Diserens and Gesine Tosin: Le Grand Déchiffreur. Richard Hamilton sur Marcel Duchamp, jrp ringier, 2009

50°49'19.50"N 4°21'25.53"E galerie de l’erg

rue du Page 87, 1050 Brussels

contact : Eva Fabbris, curator in residence

eva.fabbris@erg.be    

+32 25389829     

http://galerie.erg.be/